I'll sleep when I'm dead (Seule la mort peut m'arrêter)
(Mike Hodges, Grande-Bretagne, 2003)
Avec Clive Owen, Charlotte Rampling, Malcolm McDowell, Jonathan Rhys-Meyers
Mike Hodges - cinéaste anglais - porte deux croix depuis à peu près trente ans d'une carrière en dents de scie: La loi du milieu, un polar comme monument national britannique de cool et de virilité et Flash Gordon, un film de science-fiction embarrassant en collant et qui Queen. En 2003, se sentant probablement responsable - tardivement - de la vaguelette de films de gangsters anglais, euh... cool (Snatch, Arnaque, crime et botanique) élevés à La loi du milieu, Hodges entreprend de déconstruire ce mythe. Et commence son dernier film là ou La loi du milieu s'achevait : sur une plage. Même argument : un gangster enquête sur la mort de son frère. Les jeunes trouvent un modèle en Michael Caine, rocher en costard dans La loi du milieu? Hodges dégraisse ici : on flippe à l'idée qu'un proche soit gay.
L'histoire est affaire de couilles et de testotérone, plus ou moins bien menée par Hodges, et pas comme on pourrait s'y attendre. D'ailleurs, Hodges déjoue systématiquement les attentes du spectateur qui veut son film de vengeance : là où Caine tapait sèchement du voyou dans une intrigue tortueuse, Hodges imprime une trajectoire somnambule - d'où le titre? - dans une histoire simple. Clive Owen - impec' - ne fait jamais ce qu'il faut : il est rasé et habillé comme un sac, fait du sur place, retarde, louvoie, fait des gros yeux. Si bien qu'on s'attache aux détails autour : Hodges, ancien documentariste, peint un Londres qu'on ne voit pas chez Bridget Jones, de bas-côtés, d'accents faisant remparts de classe. Le final pourra décontenancer mais est à mon goût, gonflé et élégant. La fatalité commune à La loi du milieu est poussée à un foutu point où Hodges se permet d'être elliptique : vous savez ce qui va arriver donc vous n'avez pas besoin de le voir. Assez réussi donc, même si cela ne fonctionne pas toujours - des plans clichés de baignoires de sang et un chauffeur de taxi enfumé pas très réaliste. Surtout intéressant lorsqu'on lui confronte La loi du milieu, mais en polar neurasthénique tragique pas classique, se tient aussi très bien.
Et à propos de cette fameuse Loi du Milieu, allez voir ici pour plus de détails : http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_get_carter.htm


SAS à San Salvador
Raoul Coutard - chef opérateur de Godard - réussit un exploit que doivent lui envier Raoul Ruiz, John Ford ou Alexandre Jardin: pondre un équivalent visuel et fidèle, jusqu'au vertige, d'une oeuvre littéraire. On traverse donc ce SAS comme le bouquin: très vite, l'oeil humide, la bouche bée. Coutard torche la chose comme De Villiers gicle ses 256 pages droitières de tringlages et d'assassinats sponsorisés par la CIA. Ca traine et s'étire tout comme De Villiers se paye à la ligne, l'action est lymphatique, on ne comprend pas tout. Le look 80's est très prononcé, rappelant les anciennes pubs Axe "laissez le charme agir!", le pseudo-pastis Pacific (avec la nageuse), les affiches du Club Med ou La Boum 2. Mine de rien, Coutard et De Villiers touchent au coeur du vrai travail d'espion, qui est de s'ennuyer au bar en attendant de rencontrer Ricardo qui connait Miguel qui connait Sebastiano qui connaît Sancho. On appréciera la caméra qui cherche pudiquement un pot de fleurs pendant que les personnages copulent hors-champ. Ou les essuie-glace actionnés par l'Homme Invisible, le liquide de nettoyage giclant sur le pare-brise alors que Malko honore une correspondante sur une voiture. Fin du fin, les filtres colorés pour enchaîner les scènes et clore chaque chapitre : les auteurs nous rappellent que l'oeuvre est d'abord un livre.