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Vue (de cinéma, mais par qui?)

Mercredi 11 janvier 2006

I'll sleep when I'm dead (Seule la mort peut m'arrêter)

(Mike Hodges, Grande-Bretagne, 2003)


Avec Clive Owen, Charlotte Rampling, Malcolm McDowell, Jonathan Rhys-Meyers

Mike Hodges - cinéaste anglais - porte deux croix depuis à peu près trente ans d'une carrière en dents de scie: La loi du milieu, un polar comme monument national britannique de cool et de virilité et Flash Gordon, un film de science-fiction embarrassant en collant et qui Queen. En 2003, se sentant probablement responsable - tardivement - de la vaguelette de films de gangsters anglais, euh... cool (Snatch, Arnaque, crime et botanique) élevés à La loi du milieu, Hodges entreprend de déconstruire ce mythe. Et commence son dernier film là ou La loi du milieu s'achevait : sur une plage. Même argument : un gangster enquête sur la mort de son frère. Les jeunes trouvent un modèle en Michael Caine, rocher en costard dans La loi du milieu? Hodges dégraisse ici : on flippe à l'idée qu'un proche soit gay.

 

L'histoire est affaire de couilles et de testotérone, plus ou moins bien menée par Hodges, et pas comme on pourrait s'y attendre. D'ailleurs, Hodges déjoue systématiquement les attentes du spectateur qui veut son film de vengeance : là où Caine tapait sèchement du voyou dans une intrigue tortueuse, Hodges imprime une trajectoire somnambule - d'où le titre? - dans une histoire simple. Clive Owen - impec' - ne fait jamais ce qu'il faut : il est rasé et habillé comme un sac, fait du sur place, retarde, louvoie, fait des gros yeux. Si bien qu'on s'attache aux détails autour : Hodges, ancien documentariste, peint un Londres qu'on ne voit pas chez Bridget Jones, de bas-côtés, d'accents faisant remparts de classe. Le final pourra décontenancer mais est à mon goût, gonflé et élégant. La fatalité commune à La loi du milieu est poussée à un foutu point où Hodges se permet d'être elliptique : vous savez ce qui va arriver donc vous n'avez pas besoin de le voir. Assez réussi donc, même si cela ne fonctionne pas toujours - des plans clichés de baignoires de sang et un chauffeur de taxi enfumé pas très réaliste. Surtout intéressant lorsqu'on lui confronte La loi du milieu, mais en polar neurasthénique tragique pas classique, se tient aussi très bien.

Et à propos de cette fameuse Loi du Milieu, allez voir ici pour plus de détails : http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_get_carter.htm

Par John Constantine
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Vendredi 13 janvier 2006

SAS à San Salvador

(Raoul Coutard, France/Allemagne, 1983)

Avec Miles O'Keefe, Sybil Danning...


Raoul Coutard - chef opérateur de Godard - réussit un exploit que doivent lui envier Raoul Ruiz, John Ford ou Alexandre Jardin: pondre un équivalent visuel et fidèle, jusqu'au vertige, d'une oeuvre littéraire. On traverse donc ce SAS comme le bouquin: très vite, l'oeil humide, la bouche bée. Coutard torche la chose comme De Villiers gicle ses 256 pages droitières de tringlages et d'assassinats sponsorisés par la CIA. Ca traine et s'étire tout comme De Villiers se paye à la ligne, l'action est lymphatique, on ne comprend pas tout. Le look 80's est très prononcé, rappelant les anciennes pubs Axe "laissez le charme agir!", le pseudo-pastis Pacific (avec la nageuse), les affiches du Club Med ou La Boum 2. Mine de rien, Coutard et De Villiers touchent au coeur du vrai travail d'espion, qui est de s'ennuyer au bar en attendant de rencontrer Ricardo qui connait Miguel qui connait Sebastiano qui connaît Sancho. On appréciera la caméra qui cherche pudiquement un pot de fleurs pendant que les personnages copulent hors-champ. Ou les essuie-glace actionnés par l'Homme Invisible, le liquide de nettoyage giclant sur le pare-brise alors que Malko honore une correspondante sur une voiture. Fin du fin, les filtres colorés pour enchaîner les scènes et clore chaque chapitre : les auteurs nous rappellent que l'oeuvre est d'abord un livre.


Alors l'espion-prince Malko Linge, pour payer les traites de son château, et après avoir honoré la comtesse Alexandra, se rend au Salvador pour aller tuer je sais plus qui pour mieux revenir à la fin honorer Alexandra. Malko est joué par Miles O'Keefe, sorte de porte-manteau coincé du visage avec des airs de poupée Big Jim. Miles a l'air de jouer un Mako moulage plutôt que Malko, tellement il ne se passe rien dans son regard. Entretemps, il aura honoré tout ce qui n'est pas mort dans un film où l'action semble être essentiellement concentrée dans le hall de l'hôtel. Bon, avouons que comme dans tout SAS, on apprend vaguement des trucs politico-machins comme dans Paris-Match, et ici ça cause AG révolutionnaires dans les universités et escadrons de la mort. Sinon, la fin copie La Dame de Shangaï mais avec beaucoup moins de miroirs.


Post-scriptum : on s'amusera à reconnaître les acteurs français de nanar égarés dans ce truc et de futures valeurs montantes comme Georges Corraface (Christophe Colomb, Los Angeles 2013, Alex Santana et nombre de téléfilms français) ou Corinne Touzet (Une femme d'honneur) qui danse le disco avec Malko. Il y a un Didier Bourdon dans la distribution mais je n'ai pas eu encore le courage de faire arrêt sur image pour voir. Mais la plus grande récompense du film est de voir que la nymphomane comtesse Alexandra est incarnée par la légendaire Sybil Danning, petite reine pulmonaire du film de genre cheap des années 80 et dont on pourrait reparler dans ces colonnes.

Par John Constantine
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