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Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /2006 00:24

La semaine dernière, j'ai vu des films et des films m'ont vu, etc...

Les Monstres de l'espace

Sympatoche film de SF pondu par la Hammer, maison britannique de production connue pour ses films colorés de vampires et de monstres de Frankenstein, avec les pacsés Peter Cushing et Christopher Lee. Ici, des savants et militaires découvrent un genre de missile enterré sous Londres, et qu'ils prennent pour un vieux V2 allemand. Quelques petits détails (des squelettes d'hommes-singes, des "fantômes") les détrompent un peu.

 

Mine de rien, l'idée du film est très métaphysique, Clarke/Kubrick (2001) : on réécrit l'histoire de l'humanité, mais d'une manière peut-être plus terre à terre au vu de la nature des propriétaires du missile. L'introduction de la démonologie, la réinterprétation de peurs ancestrales font loucher l'intrigue vers Lovecraft. Le scénario est sans doute meilleur que sa mise en images un peu plate, des effets spéciaux approximatifs, mais des acteurs convaincus (c'était pas gagné) emportent le morceau. Pour le coup, un remake plus ample (par un grand fan du film comme John Carpenter?) ne serait pas de trop.

 

Et on se dit que la vie doit être ennuyeuse pour être fasciné par l'idée d'une poignée de sauterelles géantes influençant l'histoire de l'humanité.

 

Brokeback Mountain

Voilà le mélo du moment qui a l'air de bien marcher. Dans les années 60, deux cow-boys gays ont le blues de s'aimer et de stagner dans une relation impossible.

Le scénario est bon, ménage des scènes prometteuses (masculinité et féminité des héros mis en perspective dans le regard de l'autre, dans leur regard sur eux) sur le papier. Les acteurs sont appliqués : Heath Ledger est un peu trop appliqué dans son rôle de caillou marmonnant et regardant ses boots. Ca tient tellement de la performance que pendant la soirée suivant la séance, je me suis moi-même appliqué à marmonner comme lui en marchant les jambes arquées. La mise en images de Ang Lee est un peu trop sage pour provoquer autre chose que l'illustration. Comme pour s'excuser de l'orgie visuelle semi-ratée de Hulk, Lee arrondit les angles. On n'attendait pas forcément de l'exubérance vu le milieu décrit, mais un p'tit regard. Lee se contente des beaux paysages du début, d'un entourage peu compréhensif et carcéral pour les héros et puis c'est tout. Il y a un joli plan iconique de Ledger immobile de profil alors que pètent les feux d'artifices d'une soirée de fête nationale : héros dérisoire - il vient de corriger deux vieux Hell's angels.  Mais le film manque de ces petits moments de grâce.

Cœur de pierre, va-t-on me dire. Je n'ai rien contre le mélodrame, genre casse-gueule où le réalisateur doit se débrouiller avec le fatum, les impasses sentimentales (au hasard, Sirk et Fassbinder) sans que cela tienne du roman-photo agressivement lacrymogène. On sait comment ça devrait finir (bien ou mal), le chemin, sentimentalement sinueux soit-il, ne devrait pas ressembler à une route de briques jaunes ou un col himalayen bouffé par une tempête de neige. Pour citer Fassbinder, "une fois le résultat connu, l'expérience en vaut-elle la peine?" Chez Lee, on pense aux moutons que les héros gardent : ils tiennent jamais en place, comme les passions du mélo. Mais regarder un mouton gambader, c'est plus ronronnant que passionnant.

 

Virus Cannibale 

Révision de ce grand classique du nanar, qui marque une dégénérescence totale d'une certaine idée du cinéma de genre italien : le prétexte documentaire racoleur inauguré par Cannibal Holocaust est saboté par des stock-shots hallucinés (ah, cette gerboise) et l'horreur des zombies italiens (en tête, les films de Lucio Fulci) est anesthésiée par des morts-vivants plus morts que vifs. Un zombie fout la trouille par son regard fixe, sa peau qui pèle, son régime alimentaire : consommateur lobotomisé chez Romero, reflet cosmétique de ce qu'on ne veut pas voir, il pue la contradiction. Dans Virus Cannibale, il pue la consternation. Bruno Mattéi (ici sous le pseudonyme de Vincent Dawn) s'en fout derrière sa caméra.

Mal foutu, avec un taux inquiétant de figurants parmi les moins convaincus jamais vu de mémoire, le film met en scène un groupe d'employés du gaz envoyés en Nouvelle-Guinée couvrir les conneries d'une centrale nucléaire qui pond des zombies bleus. Des acteurs outrés créent tout de suite la distance (quand ce ne sont pas les stock-shots) : un sosie dégarni de Vincent Desagnat rendant hommage à Gene Kelly via Orange Mécanique et la MJC de Bondy, un sosie de David Hemmings fait son mariole suicidaire au milieu des zombies. Et le personnage de la journaliste (l'actrice blonde au patronyme inoubliable : Margit Evelyn Newton) est parfois plus effrayant que les zombies quand elle roule les yeux, et surtout quand elle se fait la conscience politique du film sur les problèmes de surpopulation mondiale : le visage se plisse, les yeux s'agrandissent, regardent dans le vide et Margit déclame le message comme chez Brecht. A la fin, on la fait taire, mais vraiment taire. Autour, des papous zombies, en collants de petits rats ou missionnaires (Victor Israel, l'inoubliable frangin de Mickey Rooney dans Bons baisers de Hong-Kong des Charlots) s'agitent dans un flou scénaristique, artistique et de raccords. Bref, un bon moment de connerie.

Moralité : regarder de mauvais films (jusqu'au bout) fait de vous un mauvais démocrate. On pense être tolérant mais c'est juste pour se foutre de la gueule des mauvais films.

Par John Constantine - Publié dans : Vue (de cinéma, en principe)
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