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Mercredi 25 janvier 2006

Stratégies obliques (un "jeu" de cartes - 1975)

 

Aujourd'hui, je ne sais pas quoi trop écrire. Je pourrais pondre un truc sur l'incapacité d'écrire mais lire La fêlure (Fitzgerald encore) vous en dissuade sec.

Tiens, j'ai retrouvé la citation relevée plus bas - "On devrait par exemple pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir, et cependant être décidé à les changer" – sur le site d'une section syndicale (http://unsaslec.blogspirit.com/list/citations/f._scott_fitzgerald.html). Ca l'aurait sûrement amusé. Bon, je me pencherai sur la force de proposition de l'UNSA SLEC Veolia Energie pour voir s'ils agissent en fonction de ce principe.

Alors, sur quoi écrire? Sur les moyens de faire quelque chose avec la panne sèche. Cela peut servir au lecteur.

Prendre une carte et gérer l'accident. Brian Eno – producteur-gourou musical, de Bowie à U2 – et son prof d'art Peter Schmidt publièrent en 1975 un jeu de cartes, appelés Stratégies obliques. Sous-titré "Près de cent dilemmes valables", ce paquet (qui en est à sa cinquième édition) propose une centaines de cartes proposant chacune un indice, une piste, un principe censé vous guider dans un travail créatif. Prendre une carte, donc.

L'idée est bien de son auteur, un homme qui se revendique non-musicien, croyant aux accidents et au hasard. Un artiste qui croit aux jeux, aux humeurs, aux contextes, pas vraiment aux notes. C'est un pied de nez aux créatifs démiurgiques battant leur muse à la maison, une fenêtre que l'on peut fermer à volonté : les instructions cryptiques ou non ("Eau", "Juste une partie, pas l'ensemble", "écarter un axiome") sont des généralités, des intuitions que chacun rapporte à sa propre expérience, sa situation actuelle. Je suis curieux de voir comment un peintre et un musicien se débrouillent avec le même tirage. Les cartes ne vous conseillent pas de "faire une pause et siffler un Jack Daniel's". C'est un genre de Yi-Ching épuré, dépouillé, un peu oulipien donc ludique, aux possibilités multiples et différentes. On attribue souvent à Eno cette phrase : "cent personnes seulement ont peut-être acheté le premier disque du Velvet Underground, mais chacune de ces personnes a formé un groupe de rock". Bon là, c'est à peu près pareil : la création comme arborescence. Prendre une graine au hasard. Tailler une branche.

Foutaises, me dira-t-on. Charlatanisme. Quand on a n'a plus d'idée, on fait une pause et siffle un Jack Daniel's. On ne s'en remet pas à un genre de tarot. Et en plus, c'est en anglais ton truc. Pour reprendre Lewis Carroll, "vous n'êtes qu'un paquet de cartes".

Je dirai qu'en une ligne et quelques mots, c'est beaucoup plus riche que la lecture d'un horoscope.

Et où trouver ces fichues cartes? Quelques sites Internet proposent des programmes générant aléatoirement une carte en un clic. J'aime bien celui-ci.

http://minimaldesign.net/_dev/obliquestrategies/

J'ai gribouillé ces lignes en tirant quelques unes de ces cartes. Je ne dirai pas lesquelles. J'en tire une: "face à un choix, opter pour les deux options". En passant, une carte fitzgeraldienne, à croire que le hasard est mort. Et là, mes deux choix maintenant, c'est continuer de tirer la ligne ou non. Je me dis que mine de rien, la plupart des notes écrites – et sans doute celles à venir - pour ce blog, qu'elles portent sur la pornographie, les riches, la vie au bureau, ne parlent que de liberté et de possibilités : qu'est-ce qu'on fait? Comme cette note. Bon voilà, c'est fini. Et en un sens, ça continue.

Par John Constantine - Publié dans : Nu (fragments, anecdotes et phrases)
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Commentaires

J'aime lorsque l'artiste tente d'oeuvrer sous le signe du hasard. A quel point est-ce un leurre ? Jusqu'où la conscience du jeu influe sur un résultat de toutes façons programmé.

Ainsi je me suis toujours interrogé sur la façon dont Philip K. Dick a réellement écrit certains de ses bouquins (Le Maître du Haut-château en particulier), en "tirant" le Yi-king. Concrètement.

Sinon, Eno avait justement utilisé son truc des cartes avec ses musiciens lors de l'enregistrement du Outside de Bowie. Et là, je perçois mieux le chemin suivi.


É.
Commentaire n°1 posté par ÉLias_ le 25/01/2006 à 19h24
Eno et Bowie avaient déjà - je crois - utilisé les cartes sur "Low". Pour Outside, ils avaient étoffé le concept en distribuant carrément des cartes attribuant des rôles aux musiciens : genre, "tu es un musicien qui joue avant la fin du monde, etc..."
Réponse de John Constantine le 26/01/2006 à 09h08
Je n'ai jamais pu avoir totalement confirmation de l'utilisation du Yi-King par Philip K. Dick - les baguettes lui auraient entre autre soufflé la fin du "Maître du Haut-Chateau".

Merci pour ta chronique, surtout à un moment où je suis en panne d'inspiration au milieu de la mienne.
Commentaire n°2 posté par Swan le 26/01/2006 à 20h36
Oh de rien. Tiens, une carte cadeau : "Consider transitions". Tu as 4 heures.
Réponse de John Constantine le 26/01/2006 à 21h03

Merci à vous d'être passée sur notre blog. En esperant  vous  rassurer:Oui nous esperons faire changer les choses, mentalités...


C'est difficile , mais le travail finira toujours par payer.


A bientôt


 


 

Commentaire n°3 posté par unsaslec le 14/02/2006 à 11h54
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