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  • : L'auteur se propose de compiler une série d'impressions à partir de choses vues, lues et entendues. Il fera des analogies douteuses et des approximations colorées en cinéma, musique, livres et hygiène de vie.
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Mercredi 1 février 2006

Post Restant émigre en des cieux hébergeurs plus conviviaux et plus lisibles, mais avec toujours les mêmes approximations. Donc, je laisse ce blog brouillon en friche et je menace d'en recycler des bouts.

La nouvelle adresse est ici :

http://postrestant.hautetfort.com/

A bientôt.

Par John Constantine - Publié dans : Nu (fragments, anecdotes et phrases)
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Mardi 31 janvier 2006

La semaine dernière, j'ai vu des films et des films m'ont vu, etc...

Les Monstres de l'espace

Sympatoche film de SF pondu par la Hammer, maison britannique de production connue pour ses films colorés de vampires et de monstres de Frankenstein, avec les pacsés Peter Cushing et Christopher Lee. Ici, des savants et militaires découvrent un genre de missile enterré sous Londres, et qu'ils prennent pour un vieux V2 allemand. Quelques petits détails (des squelettes d'hommes-singes, des "fantômes") les détrompent un peu.

 

Mine de rien, l'idée du film est très métaphysique, Clarke/Kubrick (2001) : on réécrit l'histoire de l'humanité, mais d'une manière peut-être plus terre à terre au vu de la nature des propriétaires du missile. L'introduction de la démonologie, la réinterprétation de peurs ancestrales font loucher l'intrigue vers Lovecraft. Le scénario est sans doute meilleur que sa mise en images un peu plate, des effets spéciaux approximatifs, mais des acteurs convaincus (c'était pas gagné) emportent le morceau. Pour le coup, un remake plus ample (par un grand fan du film comme John Carpenter?) ne serait pas de trop.

 

Et on se dit que la vie doit être ennuyeuse pour être fasciné par l'idée d'une poignée de sauterelles géantes influençant l'histoire de l'humanité.

 

Brokeback Mountain

Voilà le mélo du moment qui a l'air de bien marcher. Dans les années 60, deux cow-boys gays ont le blues de s'aimer et de stagner dans une relation impossible.

Le scénario est bon, ménage des scènes prometteuses (masculinité et féminité des héros mis en perspective dans le regard de l'autre, dans leur regard sur eux) sur le papier. Les acteurs sont appliqués : Heath Ledger est un peu trop appliqué dans son rôle de caillou marmonnant et regardant ses boots. Ca tient tellement de la performance que pendant la soirée suivant la séance, je me suis moi-même appliqué à marmonner comme lui en marchant les jambes arquées. La mise en images de Ang Lee est un peu trop sage pour provoquer autre chose que l'illustration. Comme pour s'excuser de l'orgie visuelle semi-ratée de Hulk, Lee arrondit les angles. On n'attendait pas forcément de l'exubérance vu le milieu décrit, mais un p'tit regard. Lee se contente des beaux paysages du début, d'un entourage peu compréhensif et carcéral pour les héros et puis c'est tout. Il y a un joli plan iconique de Ledger immobile de profil alors que pètent les feux d'artifices d'une soirée de fête nationale : héros dérisoire - il vient de corriger deux vieux Hell's angels.  Mais le film manque de ces petits moments de grâce.

Cœur de pierre, va-t-on me dire. Je n'ai rien contre le mélodrame, genre casse-gueule où le réalisateur doit se débrouiller avec le fatum, les impasses sentimentales (au hasard, Sirk et Fassbinder) sans que cela tienne du roman-photo agressivement lacrymogène. On sait comment ça devrait finir (bien ou mal), le chemin, sentimentalement sinueux soit-il, ne devrait pas ressembler à une route de briques jaunes ou un col himalayen bouffé par une tempête de neige. Pour citer Fassbinder, "une fois le résultat connu, l'expérience en vaut-elle la peine?" Chez Lee, on pense aux moutons que les héros gardent : ils tiennent jamais en place, comme les passions du mélo. Mais regarder un mouton gambader, c'est plus ronronnant que passionnant.

 

Virus Cannibale 

Révision de ce grand classique du nanar, qui marque une dégénérescence totale d'une certaine idée du cinéma de genre italien : le prétexte documentaire racoleur inauguré par Cannibal Holocaust est saboté par des stock-shots hallucinés (ah, cette gerboise) et l'horreur des zombies italiens (en tête, les films de Lucio Fulci) est anesthésiée par des morts-vivants plus morts que vifs. Un zombie fout la trouille par son regard fixe, sa peau qui pèle, son régime alimentaire : consommateur lobotomisé chez Romero, reflet cosmétique de ce qu'on ne veut pas voir, il pue la contradiction. Dans Virus Cannibale, il pue la consternation. Bruno Mattéi (ici sous le pseudonyme de Vincent Dawn) s'en fout derrière sa caméra.

Mal foutu, avec un taux inquiétant de figurants parmi les moins convaincus jamais vu de mémoire, le film met en scène un groupe d'employés du gaz envoyés en Nouvelle-Guinée couvrir les conneries d'une centrale nucléaire qui pond des zombies bleus. Des acteurs outrés créent tout de suite la distance (quand ce ne sont pas les stock-shots) : un sosie dégarni de Vincent Desagnat rendant hommage à Gene Kelly via Orange Mécanique et la MJC de Bondy, un sosie de David Hemmings fait son mariole suicidaire au milieu des zombies. Et le personnage de la journaliste (l'actrice blonde au patronyme inoubliable : Margit Evelyn Newton) est parfois plus effrayant que les zombies quand elle roule les yeux, et surtout quand elle se fait la conscience politique du film sur les problèmes de surpopulation mondiale : le visage se plisse, les yeux s'agrandissent, regardent dans le vide et Margit déclame le message comme chez Brecht. A la fin, on la fait taire, mais vraiment taire. Autour, des papous zombies, en collants de petits rats ou missionnaires (Victor Israel, l'inoubliable frangin de Mickey Rooney dans Bons baisers de Hong-Kong des Charlots) s'agitent dans un flou scénaristique, artistique et de raccords. Bref, un bon moment de connerie.

Moralité : regarder de mauvais films (jusqu'au bout) fait de vous un mauvais démocrate. On pense être tolérant mais c'est juste pour se foutre de la gueule des mauvais films.

Par John Constantine - Publié dans : Vue (de cinéma, en principe)
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Lundi 30 janvier 2006

La semaine dernière, j'ai vu des films et ces films m'ont vu pinailler, goguenard et soucieux (j'écris ces lignes pour trouver un dénominateur commun entre tous ces films. Si vous en trouvez un, écrivez-moi).

 

The Substitute

Visionnage avec pensée pour mes relations profs d'histoire aux élèves agités. Donc, Tom Berenger (Platoon) est un mercenaire prof d'histoire remplaçant aux élèves agités dealers de dope. Ironiquement, Tom Berenger sera remplacé par un autre has-been ex-futur-prometteur (Treat Williams, Le Prince de New York) pour les séquelles encore plus cheap et connes de ce truc. Mieux vaut rire avec ce film de 1996 qu'on dirait surgi des années 80, et qui dispense son quota modeste de scène portnawakesques : en vrac, les shurikens, une baston à coup de livres où Berenger vise au cœur avec L'attrape-cœur, la tête du Berenger qui se prend une balle de pelote basque dans le genou et le pauvre professeur (titulaire) échappant aux dealers en grimpant à une corde de gym.

Le genre autodéfense – on devrait y revenir dans ces colonnes – a pour grand intérêt la disproportion de moyens utilisés face aux sauvageons – ici, un collège envahi par des mercenaires comme au Panama. Berenger joue (heureusement ou malheureusement, c'est selon) la partition au premier degré : quand il donne un cours d'histoire basé sur ses souvenirs au Vietnam (à ma connaissance, le seul cours d'histoire donné dans le film), se superpose l'image et la voix du proviseur Skinner des Simpsons, autre vétéran de guerre. Skinner, lui, aurait voulu être Berenger. Un épisode des Simpsons joue d'ailleurs sur cette blague, mais m'en souviens plus. Bref, un complément idéal au Proviseur (avec James Belushi) pour réviser vos classiques. Et constater que les arguments musclés de Berenger sont aussi absurdes que le comportement de certains jeunes collégiens dans nos contrées. Mais ceci est un autre débat.

Moralité : voir de mauvais films (jusqu'au bout) entretient la tolérance. On ne peut pas voir de chef-d'œuvre tous les jours. On doit accepter les défauts de chacun.

Jamais plus jamais "redux"

La chose a été faite depuis un certain temps : je l'ai appris avec beaucoup de retard. Jamais plus jamais – remake pirate du James Bond Opération Tonnerre – avait peut-être l'original (Sean Connery plus moumouté que jamais) mais manquait d'un truc. Pendant tout le film (qui accuse d'un sérieux coup de mou sur la fin), le spectateur –perplexe face à la musique legrandienne de Michel Legrand - se fait sa petite bande originale dans sa tente à coup de ziques de John Barry (ouais, vous savez, ce thème que vous fredonnez en mimant un pistolet avec deux doigts devant le miroir). Un fan s'est amusé à habiller pour son plaisir le film avec les éléments distinctifs de la série officielle : exit Michel Legrand, remplacé par les plages existantes de Barry et autres compositeurs officiels de la série officielle.

L'exercice est sympathique : son auteur n'ayant pas d'orchestre symphonique dans sa chambre a dû faire avec les musiques disponibles dans le commerce. Contraintes de rythmes, de notes déjà écrites pour d'autres films. C'est donc parfois maladroit – le thème de Moonraker un brin trop lyrique pour la scène que le fan (aka Blofeld's cat) lui attribué, les coupes au montage pour coller à la musique – mais marche en général au vu des extraits téléchargés, qui sont des work-in-progress. La version finale en dvd est proposée bien sûr par son auteur par des moyens inavouables. On ne sait pas si Legrand en a avalé son parapluie.
 
Des extraits sont visibles ici.

http://neversaymccloryagain.ohmss-007.com/downloads.html


Munich

Les blogs frémissent d'avis sur le dernier film du Maître d'Hollywood Monsieur Spielberg ; ceci est une petite opinion, d'autres en parlent mieux que moi. Je suis un poil déçu : casting impeccable jusque ses moindres petits rôles, forme nickel (quoique d'autres voient la photographie en plomb d'un mauvais œil) sans esbrouffe emphatique et une nervosité dans l'action qui n'a rien d'héroïque. L'action est urgente, fait ici mal, car comme le dit à double sens un comptable pointilleux du Mossad, tu fais un truc et tu paies. Il y aurait à écrire des lignes sur la vision de Paris dans le cinéma américain (on fait du progrès quand même puisque Paris en un coup d'oeil, c'est ici la Tour Eiffel et Matthieu Almaric) mais il y a un sens du détail jusqu'au  choix des affiches de film à Paris en guise de commentaire (ah, Moi y en a vouloir des sous alors que deux personnages discutent argent). Même si oui, c'est pas vraiment Paris. Ou la photo de Golda Meir avec Nixon sur le guéridon du premier ministre. On apprend qu'un ex-futur-premier ministre israélien (Ehud Barak) s'est même déguisé en femme dans une opération-commando.

Dans ses grandes lignes, rien à dire sur le scénar et la manière dont l'histoire n'évoque pas seulement la perte d'âme d'Israël quand elle se comporte comme ses ennemis hier comme aujourd'hui (et se retrouve face à une hydre) : ça vaut aussi pour n'importe quelle hyperpuissance occidentale (ah oui, y en n'a qu'une) se vengeant lorsqu'elle attaquée. Le monologue de Golda Meir résume bien les enjeux. Le scénar est typiquement années 70 - l'individu contre l'état pas humain, les fils contre les pères, la tambouille idéologique (des gauchos allemands finalement très bourgeois), la parano, l'absurdité (la cohabitation des héros avec leurs ennemis) - et en même temps très actuel. Et c'est en même très années 70 : une connaissance – à l'époque de la mise en chantier du film – ironisait sur le fait que sur le papier, ça pouvait passer pour un film de Michael Winner, metteur en scène des expéditions justicières de Bronson à la même époque. Tiens, on parle même de Bronson dans Munich. Je n'irai pas jusqu'à dire que la quête vaine des héros de Spielberg évoque les impasses mal fichues de Winner, mais ça y ressemble : le héros ne vaut pas mieux que ceux qu'il combat. Blague à part, on utilise dans Munich des pompes à vélo à balles – des zip guns – vu dans un autre film de Winner, le puissant Le Justicier de New York

Certains évoquent le simplisme du truc : les terroristes sont méchants, il faut leur répondre, mais ça revient à jouer au pompier incendiaire. Oui, mais c'est un cercle vicieux : simple, simpliste dans sa construction, mais on n'en sort jamais. Si quelqu'un a une idée...

Mais Winner n'aurait probablement semé certaines pistes intrigantes : le personnage d'Eric Bana surmaterné (Israël, Golda Mère, maman) avec un papa invisible et un papa de substitution ambigu un peu forcé (Lonsdale est impec' mais sa filiation avec Bana ne fonctionne pas trop, sauf si c'est juste pour emmerder Almaric). Et en même temps, Bana est papa/maman en même temps (il nourrit sa tribu). Bref, il a un problème avec la paternité en général. 

Maintenant pour les mauvais points : il y a des problèmes de rythme. C'est trop long. Les flash-backs sur la prise d'otages de Munich sont mal insérés dans la narration, que ce soit au début et à la fin dans la fameuse scène de baise. Ca ne me dérange pas qu'on fasse un montage parallèle baise/tuerie : cela fonctionnerait pour moi si le héros se mettait à faire un trip sur les exécutions qu'il a commis et non sur un évènement certes traumatisant, mais auquel il n'a pas assisté. Toutes proportions gardées, c'est comme tripper sur le 11 septembre pendant l'amour. Cela casse la hauteur d'homme du film : trop gros, trop symbolique, trop emphatique, pas crédible, Spielberg cherchant soudain une communion de l'individu avec les évènements, l'humanité. Un mysticisme typique de son auteur, soudain trop haut, trop distant. Mais ça ne marche pas, sauf si le spectateur accepte cette étreinte très maladroite à mon sens, du héros, du film, avec son trauma si loin, si proche.

(A suivre)

Par John Constantine - Publié dans : Vue (de cinéma, en principe)
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Mercredi 25 janvier 2006

Stratégies obliques (un "jeu" de cartes - 1975)

 

Aujourd'hui, je ne sais pas quoi trop écrire. Je pourrais pondre un truc sur l'incapacité d'écrire mais lire La fêlure (Fitzgerald encore) vous en dissuade sec.

Tiens, j'ai retrouvé la citation relevée plus bas - "On devrait par exemple pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir, et cependant être décidé à les changer" – sur le site d'une section syndicale (http://unsaslec.blogspirit.com/list/citations/f._scott_fitzgerald.html). Ca l'aurait sûrement amusé. Bon, je me pencherai sur la force de proposition de l'UNSA SLEC Veolia Energie pour voir s'ils agissent en fonction de ce principe.

Alors, sur quoi écrire? Sur les moyens de faire quelque chose avec la panne sèche. Cela peut servir au lecteur.

Prendre une carte et gérer l'accident. Brian Eno – producteur-gourou musical, de Bowie à U2 – et son prof d'art Peter Schmidt publièrent en 1975 un jeu de cartes, appelés Stratégies obliques. Sous-titré "Près de cent dilemmes valables", ce paquet (qui en est à sa cinquième édition) propose une centaines de cartes proposant chacune un indice, une piste, un principe censé vous guider dans un travail créatif. Prendre une carte, donc.

L'idée est bien de son auteur, un homme qui se revendique non-musicien, croyant aux accidents et au hasard. Un artiste qui croit aux jeux, aux humeurs, aux contextes, pas vraiment aux notes. C'est un pied de nez aux créatifs démiurgiques battant leur muse à la maison, une fenêtre que l'on peut fermer à volonté : les instructions cryptiques ou non ("Eau", "Juste une partie, pas l'ensemble", "écarter un axiome") sont des généralités, des intuitions que chacun rapporte à sa propre expérience, sa situation actuelle. Je suis curieux de voir comment un peintre et un musicien se débrouillent avec le même tirage. Les cartes ne vous conseillent pas de "faire une pause et siffler un Jack Daniel's". C'est un genre de Yi-Ching épuré, dépouillé, un peu oulipien donc ludique, aux possibilités multiples et différentes. On attribue souvent à Eno cette phrase : "cent personnes seulement ont peut-être acheté le premier disque du Velvet Underground, mais chacune de ces personnes a formé un groupe de rock". Bon là, c'est à peu près pareil : la création comme arborescence. Prendre une graine au hasard. Tailler une branche.

Foutaises, me dira-t-on. Charlatanisme. Quand on a n'a plus d'idée, on fait une pause et siffle un Jack Daniel's. On ne s'en remet pas à un genre de tarot. Et en plus, c'est en anglais ton truc. Pour reprendre Lewis Carroll, "vous n'êtes qu'un paquet de cartes".

Je dirai qu'en une ligne et quelques mots, c'est beaucoup plus riche que la lecture d'un horoscope.

Et où trouver ces fichues cartes? Quelques sites Internet proposent des programmes générant aléatoirement une carte en un clic. J'aime bien celui-ci.

http://minimaldesign.net/_dev/obliquestrategies/

J'ai gribouillé ces lignes en tirant quelques unes de ces cartes. Je ne dirai pas lesquelles. J'en tire une: "face à un choix, opter pour les deux options". En passant, une carte fitzgeraldienne, à croire que le hasard est mort. Et là, mes deux choix maintenant, c'est continuer de tirer la ligne ou non. Je me dis que mine de rien, la plupart des notes écrites – et sans doute celles à venir - pour ce blog, qu'elles portent sur la pornographie, les riches, la vie au bureau, ne parlent que de liberté et de possibilités : qu'est-ce qu'on fait? Comme cette note. Bon voilà, c'est fini. Et en un sens, ça continue.

Par John Constantine - Publié dans : Nu (fragments, anecdotes et phrases)
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Lundi 23 janvier 2006

The Office

 

(Ricky Gervais, Stephen Merchant, Grande-Bretagne, 2001-2003)

Avec Ricky Gervais, Martin Freeman, Mackenzie Cook, Lucy Davis...

"Qu’y a-t-il de plus important dans une entreprise? Les locaux ? Le capital ? Le turnover ? Ce sont les gens, l’investissement dans les personnes. Ma plus grande fierté n’est pas d’avoir accru les profits de 17% ou d’avoir fait des coupes dans les dépenses sans avoir perdu un seul membre de mon personnel. Non. C’était ce jeune grec : premier job en Angleterre, il parlait à peine anglais, mais il est venu vers moi et m’a dit « Mr Brent, voulez-vous être le parrain de mon fils ?"

Ca ne s’est pas fait. On a du se séparer de lui. Il était nul. Il était nul !"

David Brent

 

Qui est cet homme aux sentences terribles ? L'homme sans qualités de ce nouveau siècle. Bienvenue à Wernham-Hogg, PME de banlieue anglaise et qui vend du papier. The Office (2001-2003) est précisément ce que la série Caméra Café n’était pas, soit la fiction ultime sur la vie de bureau, sur les photocopieuses qui ronronnent et la vie à laquelle on peut rêver derrière son écran au taff. Filmée comme un reportage de Capital ou un Confessions Intimes sans les commentaires, le dispositif permet de jouer sur la comédie des apparences qu’est la vie au bureau : à peu près tous les employés jouent (ou du moins essayent) un rôle lorsqu’ils ont conscience d’être filmés, mais lorsque la caméra vole des moments à leur insu, on gratte la surface et voit en dessous qu'ils ont pas la banane. Les bâillements étouffés devant l'ordi, les bruits de couloirs. La caméra, en leur collant aux fesses dans leur boulot ou en les épiant, agit comme révélateur des pantalonnades jouées en public et des frustrations des personnages. Ceux-ci auront l’occasion de s’épancher face caméra sur leur boulot (on ne voit ni entend l’interviewer). Pas de réplique qui tue ou de "the one with" (Friends) mais le flot d’une journée de travail, paradoxalement sans que le spectateur s’ennuie : il se passe toujours quelque chose à Wernham-Hogg à partir de rien.

La force du show repose sur ses personnages qui ne sont jamais caricaturaux. On les a forcément croisés au bureau. Ou plutôt, la série oppose à ceux qui sont au bord de la caricature les personnages les plus humains qui soient : il y a ainsi Dawn – la standardiste boulotte qui aurait voulu être dessinatrice – et surtout Tim, commercial un peu plus intelligent que ses collègues et qui sent que sa vie professionnelle ne le satisfait pas (probablement, le personnage auquel le spectateur s’identifie le plus). Mais il n’ose franchir le pas. En face, il y a Gareth, ex-militaire sinistre pas très à l’aise avec les femmes, ni avec la vie en général. Mais la série ne vaudrait rien sans le personnage immense du patron de la boite, l’immense David Brent (joué par le co-scénariste et co-créateur de la série, Ricky Gervais) : le p’tit patron le plus pitoyable du monde, celui qui pense pouvoir manager son staff par l’humour. L’ex-rocker qui aurait du – selon ses dires – avoir la même carrière que le groupe Texas. Le type qui se croit le plus drôle du monde, celui qui sort des vannes pourries auxquelles on rit pour être poli parce que c’est le chef. Pas parce qu’elles sont drôles. Brent en vampirise presque la série, enfilant les perles de masochisme et d’humiliation sous le regard secrètement effaré de ses employés et supérieurs. Et pourtant, la série demeure humaine parce que derrière les personnages les plus grotesques se planquent les âmes les plus esseulées, qui se sont bâtis une fiction pour se protéger du monde. Deux saisons seulement et deux épisodes spéciaux de Noël en conclusion, ça parait peu selon les standards actuels mais suffisant pour en admirer l'écriture, comment ces personnages se cherchent, évoluent et se trouvent. Preuve qu'elle caricature, charge très peu, la série rajuste son regard sadique sur Brent, homme de beaucoup de foi, surtout de mauvaise.

Bref, ami bureautier/buraliste, si tu veux voir une session hygiène et sécurité se transformer en plan drague foireux, l’incidence de la distinction nain/petite personne sur la gestion des ressources humaines, une formation de commerciaux se transformer en concert acoustique, un type habillé en poulet en réunion avec ses supérieurs ou des employés de bureau lançant des chaussures sur le toit d’un pub, The Office est pour toi ! Et si tu penses que ces lignes ont été écrites dans un bureau, eh bien… Dvds disponibles en France, anglais sous-titré indispensable. Une adaptation française avec François Berléand est en cours de réalisation pour Canal plus.

Morceaux choisis.

Tim 
"J’aime le ballet, les romans de Proust, les films de Delon. C’est cela qui a du donner l’idée à ma mère de m’acheter une casquette avec radio incorporée pour mon anniversaire. J’aime aussi la radio."

Dawn
"Lee m’a demandé en mariage à la St-Valentin, bien qu’il ne l’ait pas demandé face à face. Il l’a fait avec l’un de ces messages qu’on passe dans le journal. Je crois qu’il a du payer au mot parce que le message disait : « Lee aime Dawn, mariage ? », ce que j’ai apprécié parce qu’on ne tombe pas souvent sur un homme en même temps romantique et économe."

Gareth 
 "On fait des préservatifs avec tous les goûts de nos jours. Fraise, curry, etc… tu aimes le curry ?"

David Brent, se faisant sacquer par sa supérieure Jennifer après avoir sorti une blague raciste sur la "queue d’un noir". Extrait.

Jennifer – "je comprends que cela offense des gens."
David – "ce n’est pas raciste, je n’ai rien dit sur les noirs."
J – "la blague parle du sexe d’un noir."
D – "pourquoi serait-ce raciste, la blague parle du sexe d’un noir, ça arrive dans les blagues. Ca pourrait arriver."
J – "non, vous utilisez le stéréotype ethnique sur la taille du sexe des noirs parce que vous pensez que cela rend votre blague plus drôle !"
D- "ce n’est pas une insulte, c’est un compliment je trouve!"
J – "donc vous pensez que les noirs devraient être flattés parce que leur unique réussite dans la vie est d’avoir un pénis surdimensionné ?"
D- "je dis qu’ils ne devraient pas en avoir honte."
J – "c’est un mythe !"
D – "Je ne sais pas Jennifer, mais je pourrais vous montrer un magazine avec des preuves!"
J – "vous le pourriez ?"
D – "je n’en ai pas sur moi. Vous faites quoi après cette conversation?"

PS : ah oui, voir ici un espoir de fiction réussie française sur la vie au boulot!

http://ethienot.free.fr/mavieauboulot/index.php

Par John Constantine - Publié dans : Dû (éloges, reconnaissances de dettes)
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