La semaine dernière, j'ai vu des films et ces films m'ont vu pinailler, goguenard et soucieux (j'écris ces lignes pour trouver un dénominateur commun entre tous ces films. Si vous en trouvez un, écrivez-moi).
The Substitute
Visionnage avec pensée pour mes relations profs d'histoire aux élèves agités. Donc, Tom Berenger (Platoon) est un mercenaire prof d'histoire remplaçant aux élèves agités dealers de dope. Ironiquement, Tom Berenger sera remplacé par un autre has-been ex-futur-prometteur (Treat Williams, Le Prince de New York) pour les séquelles encore plus cheap et connes de ce truc. Mieux vaut rire avec ce film de 1996 qu'on dirait surgi des années 80, et qui dispense son quota modeste de scène portnawakesques : en vrac, les shurikens, une baston à coup de livres où Berenger vise au cœur avec L'attrape-cœur, la tête du Berenger qui se prend une balle de pelote basque dans le genou et le pauvre professeur (titulaire) échappant aux dealers en grimpant à une corde de gym.
Le genre autodéfense – on devrait y revenir dans ces colonnes – a pour grand intérêt la disproportion de moyens utilisés face aux sauvageons – ici, un collège envahi par des mercenaires comme au Panama. Berenger joue (heureusement ou malheureusement, c'est selon) la partition au premier degré : quand il donne un cours d'histoire basé sur ses souvenirs au Vietnam (à ma connaissance, le seul cours d'histoire donné dans le film), se superpose l'image et la voix du proviseur Skinner des Simpsons, autre vétéran de guerre. Skinner, lui, aurait voulu être Berenger. Un épisode des Simpsons joue d'ailleurs sur cette blague, mais m'en souviens plus. Bref, un complément idéal au Proviseur (avec James Belushi) pour réviser vos classiques. Et constater que les arguments musclés de Berenger sont aussi absurdes que le comportement de certains jeunes collégiens dans nos contrées. Mais ceci est un autre débat.
Moralité : voir de mauvais films (jusqu'au bout) entretient la tolérance. On ne peut pas voir de chef-d'œuvre tous les jours. On doit accepter les défauts de chacun.
Jamais plus jamais "redux"
La chose a été faite depuis un certain temps : je l'ai appris avec beaucoup de retard. Jamais plus jamais – remake pirate du James Bond Opération Tonnerre – avait peut-être l'original (Sean Connery plus moumouté que jamais) mais manquait d'un truc. Pendant tout le film (qui accuse d'un sérieux coup de mou sur la fin), le spectateur –perplexe face à la musique legrandienne de Michel Legrand - se fait sa petite bande originale dans sa tente à coup de ziques de John Barry (ouais, vous savez, ce thème que vous fredonnez en mimant un pistolet avec deux doigts devant le miroir). Un fan s'est amusé à habiller pour son plaisir le film avec les éléments distinctifs de la série officielle : exit Michel Legrand, remplacé par les plages existantes de Barry et autres compositeurs officiels de la série officielle.
L'exercice est sympathique : son auteur n'ayant pas d'orchestre symphonique dans sa chambre a dû faire avec les musiques disponibles dans le commerce. Contraintes de rythmes, de notes déjà écrites pour d'autres films. C'est donc parfois maladroit – le thème de Moonraker un brin trop lyrique pour la scène que le fan (aka Blofeld's cat) lui attribué, les coupes au montage pour coller à la musique – mais marche en général au vu des extraits téléchargés, qui sont des work-in-progress. La version finale en dvd est proposée bien sûr par son auteur par des moyens inavouables. On ne sait pas si Legrand en a avalé son parapluie.
Des extraits sont visibles ici.
http://neversaymccloryagain.ohmss-007.com/downloads.html
Munich
Les blogs frémissent d'avis sur le dernier film du Maître d'Hollywood Monsieur Spielberg ; ceci est une petite opinion, d'autres en parlent mieux que moi. Je suis un poil déçu : casting impeccable jusque ses moindres petits rôles, forme nickel (quoique d'autres voient la photographie en plomb d'un mauvais œil) sans esbrouffe emphatique et une nervosité dans l'action qui n'a rien d'héroïque. L'action est urgente, fait ici mal, car comme le dit à double sens un comptable pointilleux du Mossad, tu fais un truc et tu paies. Il y aurait à écrire des lignes sur la vision de Paris dans le cinéma américain (on fait du progrès quand même puisque Paris en un coup d'oeil, c'est ici la Tour Eiffel et Matthieu Almaric) mais il y a un sens du détail jusqu'au choix des affiches de film à Paris en guise de commentaire (ah, Moi y en a vouloir des sous alors que deux personnages discutent argent). Même si oui, c'est pas vraiment Paris. Ou la photo de Golda Meir avec Nixon sur le guéridon du premier ministre. On apprend qu'un ex-futur-premier ministre israélien (Ehud Barak) s'est même déguisé en femme dans une opération-commando.
Dans ses grandes lignes, rien à dire sur le scénar et la manière dont l'histoire n'évoque pas seulement la perte d'âme d'Israël quand elle se comporte comme ses ennemis hier comme aujourd'hui (et se retrouve face à une hydre) : ça vaut aussi pour n'importe quelle hyperpuissance occidentale (ah oui, y en n'a qu'une) se vengeant lorsqu'elle attaquée. Le monologue de Golda Meir résume bien les enjeux. Le scénar est typiquement années 70 - l'individu contre l'état pas humain, les fils contre les pères, la tambouille idéologique (des gauchos allemands finalement très bourgeois), la parano, l'absurdité (la cohabitation des héros avec leurs ennemis) - et en même temps très actuel. Et c'est en même très années 70 : une connaissance – à l'époque de la mise en chantier du film – ironisait sur le fait que sur le papier, ça pouvait passer pour un film de Michael Winner, metteur en scène des expéditions justicières de Bronson à la même époque. Tiens, on parle même de Bronson dans Munich. Je n'irai pas jusqu'à dire que la quête vaine des héros de Spielberg évoque les impasses mal fichues de Winner, mais ça y ressemble : le héros ne vaut pas mieux que ceux qu'il combat. Blague à part, on utilise dans Munich des pompes à vélo à balles – des zip guns – vu dans un autre film de Winner, le puissant Le Justicier de New York.
Certains évoquent le simplisme du truc : les terroristes sont méchants, il faut leur répondre, mais ça revient à jouer au pompier incendiaire. Oui, mais c'est un cercle vicieux : simple, simpliste dans sa construction, mais on n'en sort jamais. Si quelqu'un a une idée...
Mais Winner n'aurait probablement semé certaines pistes intrigantes : le personnage d'Eric Bana surmaterné (Israël, Golda Mère, maman) avec un papa invisible et un papa de substitution ambigu un peu forcé (Lonsdale est impec' mais sa filiation avec Bana ne fonctionne pas trop, sauf si c'est juste pour emmerder Almaric). Et en même temps, Bana est papa/maman en même temps (il nourrit sa tribu). Bref, il a un problème avec la paternité en général.
Maintenant pour les mauvais points : il y a des problèmes de rythme. C'est trop long. Les flash-backs sur la prise d'otages de Munich sont mal insérés dans la narration, que ce soit au début et à la fin dans la fameuse scène de baise. Ca ne me dérange pas qu'on fasse un montage parallèle baise/tuerie : cela fonctionnerait pour moi si le héros se mettait à faire un trip sur les exécutions qu'il a commis et non sur un évènement certes traumatisant, mais auquel il n'a pas assisté. Toutes proportions gardées, c'est comme tripper sur le 11 septembre pendant l'amour. Cela casse la hauteur d'homme du film : trop gros, trop symbolique, trop emphatique, pas crédible, Spielberg cherchant soudain une communion de l'individu avec les évènements, l'humanité. Un mysticisme typique de son auteur, soudain trop haut, trop distant. Mais ça ne marche pas, sauf si le spectateur accepte cette étreinte très maladroite à mon sens, du héros, du film, avec son trauma si loin, si proche.
(A suivre)